Chapitre 2 – Un conte de fées
L’Eternel, Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité,
qui conserve son amour jusqu'à mille générations, qui pardonne l'iniquité, la rébellion et le péché,
mais qui ne tient point le coupable pour innocent, et qui punit l'iniquité des pères sur les enfants
et sur les enfants des enfants jusqu'à la troisième et à la quatrième génération !
La Bible : Exode 34 :6-7
André était sur les charbons ardents. Peut-être, dans quelques instants, serait-il docteur en biotechnologies.
Sa soutenance s’était bien passée et il avait réussi à intéresser son auditoire.
Le jury s’était retiré dans une salle annexe pour délibérer, mais il tardait à rendre son verdict.
Pendant cette dernière année d’étude, il avait su utiliser ses compétences en informatique et en mathématiques dans les domaines de la biologie
pour créer un algorithme qui permettait de décoder le génome des espèces végétales avec une grande vitesse. C’était une découverte particulièrement innovante.
Ce procédé, présentait malgré tout un inconvénient : il nécessitait d’intervenir directement sur les cellules et les manipulations opérées
laissaient une comme une trace indélébile dans l’organisme étudié et chez tous ses descendants, sans pour autant modifier les caractéristiques génétiques de l’espèce.
Comment le jury allait-il interpréter cet écueil ?
Par ailleurs, ce défaut lui ouvrit de nouvelles perspectives d’investigation.
S’il arrivait à maîtriser la forme de la trace en question, celle-ci pourrait être utilisée comme une signature,
une sorte de copyright qui pourrait intéresser les entreprises spécialisée dans la biotechnologie.
Et il avait poursuivi ses recherches dans ce sens avec succès.
Malheureusement, il avait constaté que cette trace se transmettait aussi dans la chaîne alimentaire sur plusieurs générations,
aux animaux qui avaient consommé le produit soit directement,
soit avec des produits dérivés comme les granulés qu’il avait fabriqué à partir de farines extraites des céréales étudiées.
Il craignait que le jury ne le considérât comme un scientifique dangereux et irresponsable, malgré le protocole extrêmement circonspect qu’il leur avait présenté.
Le président du jury sortit enfin de la salle de délibération. Ménageant un peu de suspense, il proclama les résultats avec un rien de solennité.
André avait obtenu son doctorat en biologie avec mention très bien.
Pendant le cocktail qui suivit, il fut interpellé par son maître de thèse :
— André ! Je vous trouve enfin ! Recevez toutes mes félicitations. Votre prestation fut particulièrement brillante.
— Merci !
— Vous prendrez bien du champagne !
— Merci ! Mais je viens de terminer une coupe. Je me contenterai d’un jus d’orange.
— Et sobre, avec ça ! Venez par ici ! Je voudrais vous présenter quelqu’un.
Ils se dirigèrent vers un homme à l’air important, qui leur sourit aimablement en les voyant arriver.
— Vous êtes André Monthois, dit-il au jeune chercheur, en lui tendant là main. Permettez-moi de me présenter : Hendrick van Belinden, le président du Groupe Geneticalis.
— Bonjour, Monsieur.
— Vos théories m’ont impressionné. Comment avez-vous eu l’idée de les tester sur quatre générations ?
— A cause d’un verset de la bible : Livre de l’Exode, chapitre 34, verset 7.
— Vous êtes protestant ?
— Oui ! Enfin, non ! En fait, je ne sais pas bredouilla-il. Mes parents sont catholiques et m’ont fait baptiser lorsque j’étais bébé. Mais, ...
— Accepteriez-vous de travailler pour moi ? interrompit le président. Prenez rendez-vous par mail. Nous nous reverrons bientôt, ajouta-t-il en lui tendant une carte de visite.
Le président, à son habitude, enchainait les questions, sans attendre les réponses qu’il jugeait évidentes.
Il s’exprimait dans un français correct, mais teinté d’un fort accent néerlandais.
Manifestement, il ne supportait pas la contradiction et s’attendait à ce que chacun approuvât ses demandes.
André prit la carte. L’idée d’aller travailler en Hollande ne lui plaisait pas trop. Le néerlandais est une langue difficile à apprendre.
« Ce n’est pas un langage, mais une maladie de gorge », avait affirmé son professeur d’anglais à l’université, pour plaisanter.
Originaire des Ardennes, il avait été élevé dans les préjugés induits par la guerre linguistique qui couvait, endémique, dans la Belgique voisine.
Bien qu’officiellement bilingue, le pays était administré par une majorité francophone dont l’arrogance heurtait les susceptibilités flamandes.
Mais les néerlandophones avaient su prendre leur revanche. Après avoir bénéficié de la solidarité wallonne pendant plusieurs décennies,
ils prétendaient maintenant faire sécession, alors que leur culture mercantile les avait entrainés vers la prospérité.
Cette volonté d’indépendance se manifestait, d’ailleurs, de façon générale en Europe, la Corse vis-à-vis de la France, l’Ecosse vis-à-vis du Royaume-Uni,
la Lombardie vis-à-vis de l’Italie, la Catalogne vis-à-vis de l’Espagne et même de façon plus globale, au sein de la Communauté Européenne,
les pays les plus riches mesurant leur solidarité vis-à-vis des plus pauvres.
Mais, regardant la carte, André fut rassuré. Celle-ci portait un nom bien français, Jean de Pulligny et indiquait une adresse à Strasbourg.
Rentré dans sa chambre d’étudiant, il se connecta sur internet, à la recherche d’informations sur le groupe du président Van Belinden.
Geneticalis est une entreprise spécialisée dans les biotechnologies dont le siège se situe à Tilburg, aux Pays-Bas.
Elle possède deux filiales en Europe, l’une située à Strasbourg en Alsace, l’autre à Barcelone, en Catalogne,
plus quelques petites entreprises françaises et allemandes spécialisées dans les domaines de la chimie et de la pharmacie.
En lisant ces informations, André s’étonna qu’aucune des entreprises du groupe n’ait situé leur siège dans l’une ou l’autre des grandes capitales européennes.
Mais, en réfléchissant, il crut y déceler des éléments de stratégies. En effet, affichant ses valeurs sociétales, Geneticalis,
en s’implantant dans des villes de province, assurait une meilleures qualité de vie à ses collaborateurs, que ceux-ci n’auraient certainement pas trouvée dans une grande mégalopole.
En outre, les villes en question étaient dotées de prestigieuses universités constituant des viviers appréciables pour y recruter les plus brillants chercheurs.
Par ailleurs, sur un plan géographique, Tilburg permettait de contrôler l’Europe du Nord avec, à travers l’Angleterre,
une ouverture vers les pays anglo-saxons et l’Amérique du Nord. De même, Strasbourg, pour contrôler le marché français et allemand,
avec une ouverture vers l’Europe de l’Est et Barcelone, pour l’Europe du Sud, avec une ouverture vers le Maghreb et l’Amérique du Sud hispanique.
Fort de ces renseignements, André envoya un mail pour prendre rendez-vous et reçut en échange, une adresse web, un identifiant et un mot de passe pour passer un test en ligne.
Ce test, bien qu’automatique, comportait de nombreuses questions ouvertes d’ordre personnel, philosophique ou religieux, auxquelles il dut répondre.
*
* * *
*
* * *
*
Le T.G.V. venait de s’arrêter en gare de Strasbourg. André descendit du train et se dirigea vers la sortie en trainant sa valise.
Il avait obtenu un rendez-vous chez Geneticalis pour le jour même. Comptant s’y faire embaucher, il avait prévu de passer plusieurs jours dans la ville pour commencer à s’y repérer.
Peu avant l’arrivée, il s’était connecté avec son Smartphone pour établir un itinéraire pour se rendre dans les locaux de la firme. Mais ce fut inutile.
Un chauffeur, muni d’une pancarte où était inscrit son nom, l’attendait dans le hall.
S’étant fait reconnaitre, le chauffeur prit son bagage et l’entraina vers une Mercédès grise.
Il lui ouvrit la porte arrière du véhicule et, pendant qu’il s’installait, alla porter sa valise dans le coffre.
Après avoir circulé quelques minutes dans la ville, la voiture s’arrêta devant un imposant bâtiment de verre.
Le chauffeur vint lui ouvrir la porte et le conduisit dans un hall immense.
Des gens allaient et venaient affairés. Au centre, derrière un large comptoir, des hôtesses d’accueil renseignaient et orientaient les visiteurs.
S’étant approché, il présenta son invitation à l’une d’elles qui l’équipa d’un badge « visiteur » en échange de sa carte d’identité,
et le pria d’attendre à l’écart dans une partie du hall aménagée luxueusement comme un salon.
André eut à peine le temps de s’asseoir, que le tintement d’une sonnette signala l’ouverture des portes automatique de l’ascenseur.
En se retournant, il vit arriver une ravissante jeune femme.
Tout, chez elle était dédié à la séduction : son très joli visage soigneusement maquillé, ses long cheveux blonds tombant comme une cascade d’or dans son dos,
son tailleur gris pale parfaitement ajusté, ses talons aiguilles qui lui donnaient une démarche gracieuse,
son collier qui attirait l’attention sur le décolleté sage de son chemisier, jusqu’à son parfum dont les fragrances rares qui en émanaient, attestaient qu’il avait été expressément élaboré pour elle.
Elle s’adressa à lui en souriant :
— André Monthois ?
— Oui !
— Bonjour ! Je suis Joanna Van Floss. Je suis chargée de superviser votre recrutement. Voulez-vous me suivre ?
Sa voix avait une tessiture de contralto, un peu sourde, qui donnait à ses propos une certaine douceur, qui compensait la rugosité, à peine perceptible, d’un léger accent néerlandais.
André était intimidé par sa belle interlocutrice. Il serra la main qu’elle lui tendait et la suivit dans une petite pièce dans laquelle une table ovale avait,
à son extrémité, un imposant écran plat équipé d’une caméra vidéo.
— Voyez-vous un inconvénient à être enregistré, demanda la jeune femme.
— Aucun, répondit André, habitué à utiliser ce matériel pour communiquer avec ses confrères chercheurs dans d’autres universités.
— Je vais d’abord vous présenter le groupe Geneticalis. Puis je vous demanderai de répondre à quelques questions sur des sujets généraux. Sentez-vous libre de répondre ou pas.
La jeune femme pris la télécommande de l’équipement audiovisuel, appuya sur un bouton et l’écran s’alluma pour dérouler la structure de l’entreprise,
son organisation, ses activités et les valeurs qu’elles portaient. A la fin de la projection, André n’ignorait plus rien de Geneticalis.
Ses laboratoires étaient équipés de matériels de pointe et disposaient de moyens financiers qui permettaient d’explorer tous les domaines imaginables.
Elle affichait des valeurs écologiques, jusque dans leurs aspects sociétaux. Soucieuse du bien-être de ses salariés,
elle subventionnait généreusement un comité d’entreprise qui organisait plusieurs manifestations culturelles au cours de l’année ainsi que de nombreuses activités de loisir.
— Alors que pensez-vous de Geneticalis ?
— C’est le genre d’entreprise dont rêve tout jeune chercheur. Tous les moyens sont offerts pour réussir.
— Que signifie, pour vous, réussir ? Réussir sa vie ?
La conversation se poursuivit sur de nombreux sujets, professionnels, et personnels.
Au fur et à mesure de la progression de l’entretient, Joanna Van Floss manifestait un intérêt croissant pour André engendrant une certaine intimité
qui l’amena à se dévoiler plus qu’il n’aurait osé le faire de prime abord.
— Notre entretient arrive à son terme, conclut-elle. Aimeriez-vous visiter nos laboratoires ?
— Oui ! Avec plaisir.
— Je vous mets en relation avec l’une de nos plus brillantes chercheuses.
Elle manipula à nouveau la télécommande et le buste d’une charmante jeune fille en blouse blanche apparut à l’écran.
— Bonjour, Grendel. Voici monsieur Monthois qui aimerait visiter nos installations. Pouvez-vous nous accorder un moment et vous en charger ?
— Oui ! Avec plaisir ! dit la jeune fille.
Puis donnant l’impression de se tourner vers André à travers l’écran, celle-ci demanda :
— On se retrouve à la cafétéria ?
Joanna indiqua à André comment se rendre dans le local, confortablement aménagé pour la récréation des salariés de Geneticalis.
Quand André eut quitté la pièce, Joanna se mit en contact vidéo avec Jean de Pulligny, le directeur de la filiale française de Geneticalis.
— Alors ? Qu’en pensez-vous ?
— Mais, bon Dieu ! A quoi songe Henk ? Où va-t-il les pécher ses chercheurs ?
— Celui-ci est particulièrement brillant. Ses tests montrent un Q.I. de 156. Ce qui est exceptionnel. Le sujet de sa thèse intéresse beaucoup monsieur Van Belinden.
— Certes ! Mais ingérable ! Au moins, avez-vous pu déterminer à quoi il marche ? Avec un bon salaire, on pourra peut-être le tenir.
— L’argent ne l’intéresse pas vraiment. Il met une priorité sur sa vie familiale et sociale. Sa passion pour ses recherches n’arrive qu’en second lieu.
Ses valeurs sont proches de l’intégrisme chrétien et il milite pour l’écologie.
— Génial ! Il va être dur à cadrer. Il faudrait lui trouver une petite nana pour pouvoir le manœuvrer.
Joanna sursauta. Bien qu’étant habituée à travailler avec Jean de Pulligny, elle était toujours surprise par les expressions franchouillardes qu’il utilisait,
à la limite de la vulgarité, détonnant avec la particule accolée à son nom, qu’il arborait avec prétention, laissant sous-entendre des origines aristocratiques.
— Justement, je l’ai mis en relation avec Grendel qui lui fait visiter les labos en ce moment.
— Mais vous êtes une gourde ! Pardi ! Les deux personnes les moins gérables ensembles.
Le directeur se montrait contrarié, sans doute pour ne pas avoir été consulté sur cette candidature. Mais sachant la décision déjà prise par le président Van Belinden, il reprit :
— Préparez-lui un contrat de travail. Je descends pour le rencontrer. Et recrutez lui une assistante dans le genre bimbo pour la lui jeter dans les pattes.
De ses échanges avec Jean de Pulligny, Joanna sortait toujours exaspérée par les propos misogynes et machistes de son patron.
Lui, au moins, elle savait à quoi il marchait : au sexe et à l’argent — les deux moteurs de l’humanité — songea-t-elle.
Elle se promit de trouver dans son vivier, l’assistante la plus sexy, mais aussi la plus vulgaire qu’elle pourrait trouver,
sachant que contrairement à ce que pouvait penser le directeur de Geneticalis France, une telle personnalité heurterait la nature sensible qu’elle avait détectée chez le jeune chercheur.
En réfléchissant, elle se dit que, malgré tout, il faudrait la choisir intelligente avec aussi un soupçon de culture, pour qu’elle puisse fonctionner efficacement avec André,
et surtout que son intention à elle ne soit pas dévoilée.
*
* * *
*
* * *
*
Pendant ce temps, André avait retrouvé, à la cafétéria, la jeune fille qu’il avait vue sur l’écran de télévision.
Celle-ci avait abandonné sa blouse et se montrait à présent dans un tailleur chic, mais strict. Elle s’approcha de lui en le voyant arriver.
— Bonjour, je suis Henriette Grendel.
— André Monthois. Je suis en train d’être recruté.
— J’avais compris. Je vous offre un café ?
— Volontiers.
Ils s’installèrent sur des sièges répartis autour d’une table basse sur laquelle étaient éparpillées quelques revues scientifiques.
— Ca fait longtemps que vous travaillez chez Geneticalis ?
— Un peu plus d’an, maintenant. J’ai la responsabilité de l’un des labos de recherche.
André fut étonné que l’on ait donné une telle responsabilité à quelqu’un qui paraissait si jeune. Il en déduit que son interlocutrice devait être particulièrement brillante.
Lui-même, guère plus agé, était en train de postuler sur un poste analogue.
Cela le conforta dans son opinion que Geneticalis était vraiment l’entreprise qui lui fallait pour s’épanouir professionnellement.
Leurs boissons achevées, la jeune fille fit visiter à André, les diverses installations techniques et scientifiques de l’entreprise.
Dans une posture distante mais professionnelle, elle répondit à toutes ses questions avec précision et compétence.
André la trouva très sympathique et pensa qu’il aurait du plaisir de travailler avec elle.
Quand elle eut terminé son parcours, elle le ramena à la petite salle audiovisuelle ou ils retrouvèrent Joanna avec le directeur, Jean de Pulligny, puis se retira discrètement.
— Bonjour, André. Je suis Jean de Pulligny, le directeur de Geneticalis France.
— Bonjour Monsieur.
— Prenez un siège. Voici un exemplaire de votre contrat de travail. Plusieurs clauses sont négociables.
La zone correspondant à votre rétribution est laissé blanche, pour le moment. Monsieur Van Belinden, souhaite avoir un entretien avec vous.
Vous vous accorderez avec lui sur le montant qui doit y être porté. Prenez le temps de le lire.
André s’empara des feuillets et se mit à les parcourir attentivement.
Il annota quelques points à éclaircir ou à préciser. Lorsqu’il eut terminé, Joanna van Floss le mit en rapport visiophonique avec le président Henk van Belinden.
— Ah ! Bonjour, André ! Comment allez-vous ? Ca fait plaisir de se revoir. Vous avez fait bon voyage ?
Que pensez-vous de Geneticalis ? Alors, ainsi, vous accepter de rejoindre notre groupe ?
Comme d’habitude, le président enchainait les questions sans attendre la réponse de ses interlocuteurs.
Ne supportant pas la contradiction, il considérait que la réponse allait forcément dans le sens qu’il exigeait.
— Joanna vous a donné un exemplaire de votre contrat de travail. Qu’en pensez-vous ?
André fit mention des modifications qu’il souhaitait y voir apportées, que la jeune femme enregistrait sur son ordinateur portable, après avoir guetté l’approbation du président sur le téléviseur.
— Quelle salaire demandez-vous ? demanda le président à André. Car je suppose que vous n’allez pas travailler pour nous gratuitement.
Joanna et le directeur français échangèrent un regard. C’était tout à fait dans les habitudes de Henk Van Belinden d’offrir une telle ouverture.
Cela impressionnait ses jeunes recrues qui, intimidées, lui redonnaient l’initiative pour proposer la rémunération que lui avait envisagée,
mais qui n’était néanmoins pas exempte de générosité, selon le talent qu’il avait su détecter chez ses interlocuteurs.
Il avait la réputation se soigner particulièrement ses chercheurs.
— Nous n’avons pas encore abordé le sujet, lui avoua André.
— Que diriez-vous de 80000 Euros bruts par an ?
C’est beaucoup plus que ce qu’André avait prévu d’oser demander. Il s’empressa d’accepter.
Joanna porta le montant sur le contrat, le fit imprimer en quatre exemplaires qu’elle lui tendit pour relecture et signature.
Avec un mot de congratulation, l’image du président disparu de l’écran.
— Vous êtes libre, je crois, reprit le directeur. Vous pouvez prendre vos fonctions quand vous le souhaitez. Aujourd’hui si vous voulez.
— Mais je n’ai pas de logement. Je n’ai même pas encore réservé de chambre d’hôtel.
— Aucune importance ! Notre société possède quelques appartements meublés, dans Strasbourg et sa banlieue, destinés à nos cadres techniques.
— Il n’y en a pas de libre en centre-ville pour le moment, précisa Joanna. Nous en avons quelques-uns de disponibles à La Robertsau, dans un quartier tranquille.
Mais nous pouvons mobiliser nos agents immobiliers pour en trouver un au centre de Strasbourg et le faire aménager à votre convenance.
Lorsqu’André avait envisagé de se rendre à Strasbourg pour y travailler, il s’était renseigné sur le marché de l’immobilier.
Dans le contexte actuel, la proposition qui lui était faite était inespérée. Il ne tenait pas particulièrement à habiter un centre urbain. Il l’accepta.
— Merci ! dit-il. La Robertsau conviendra parfaitement.
De nouveau, Joanna et le directeur se regardèrent. La réponse d’André les étonna. D’habitude, les jeunes recrues exigeaient un appartement en centre-ville.
C’est ce qui expliquait justement la pénurie actuelle. C’était même une condition, qu’ils souhaitaient voir mentionnée dans leur contrat, pour accepter l’emploi qui leur était proposé.
La matinée s’achevait. Et Joanna proposa à André de déjeuner. Elle l’emmena dans un restaurant typique Alsacien situé à la Petite France, l’un des quartiers les plus romantiques de Strasbourg.
André fut charmé de ce moment en tête à tête avec sa belle interlocutrice. Au cours du repas ils purent échanger sur leur vie respective, sur leurs ambitions et leurs projets.
Ils prolongèrent ces instants de confidence par une promenade entre les maisons à colombages, caractéristiques du centre-ville de la capitale alsacienne, avant de rejoindre les locaux de la firme.
L’après-midi fut consacrée aux multiples formalités indispensables pour qu’André puisse prendre ses fonctions le lendemain.
On lui confia les clefs d’un appartement et le chauffeur qui l’avait pris en charge à la gare, le matin même,
le conduisit dans son nouveau logement situé dans l’un des quartiers chics de La Robertsau.
C’était un F4 meublé de 98 m2. Doté d’une cuisine aménagée et d’une salle de bain luxueuse, c’était un logement agréable et confortable.
Il était situé en bordure du domaine de Pourtalès et les croisées donnaient sur les arbres du parc.
André put enfin se reposer un moment. Cette journée constituait un tournant dans sa vie. Tout s’était déroulé si vite !
Très différent de ce qu’il avait imaginé en arrivant le matin. Il avait maintenant un emploi bien rémunéré.
Même si son contrat de travail mentionnait une période d’essai, il savait que ses recherches intéressaient au plus haut point l’entreprise qui l’avait recruté.
Et il se sentait parfaitement capable d’assumer les responsabilités qui lui étaient confiées.
Il n’avait pas eu à s’inquiéter de son logement qui lui paraissait luxueux, en comparaison avec la chambre d’étudiant qu’il avait occupée auparavant.
Et, cerise sur le gâteau, il avait rencontré la plus belle femme de la terre, en la personne de Joanna, dont il pensait déjà être tombé amoureux.
*
* * *
*
* * *
*
Pendant les semaines qui suivirent, il s’appropria son nouvel environnement professionnel.
On lui avait confié un nouveau laboratoire dans lequel avaient été transportés les appareils et le matériel qu’il avait utilisés pour ses recherches à l’université.
De plus, un ordinateur de toute dernière génération avait été installé dans son bureau.
Celui-ci disposait d’une puissance de calcul nettement supérieure à celle dont il avait disposé jusqu’à présent pour développer les calculs en séries nécessaires
pour la modélisation numérique des concepts qu’il manipulait dans le cadre de ses expérimentations.
Henriette Grendel, sa collègue qui dirigeait aussi, malgré sa jeunesse, le laboratoire voisin du sien,
l’avait beaucoup aidé dans son intégration en lui communiquant tous les petits trucs qui permettent d’éviter les pièges tendus aux nouveaux arrivés dans une entreprise.
C’était une fille jolie et généreuse, sensible aux autres. Elle habitait avec ses parents un pavillon de La Robertsau.
André avait eu la surprise de les rencontrer sur le parvis de l’église à la sortie du culte le premier dimanche après son arrivée.
Henriette lui avait présenté ses parents et Madame Grendel l’avait invité à les suivre pour déjeuner. Mais il avait décliné poliment l’invitation.
Il avait été échaudé par Madame Gruber, une personnalité du temple réformé qu’il fréquentait avec ses amis de l’aumônerie.
Celle-ci avait huit filles célibataires. Et elle dispensait après le culte un lot d’invitations aux étudiants dans l’intention évidente de faire faire un beau mariage à ses enfants.
Depuis, André se méfiait comme de la peste des mères marieuses et refusait systématiquement les invitations, lancées comme ça, de façon impromptue, sur le parvis des églises.
Malgré tout, il appréciait beaucoup sa jeune collègue et ne manquait pas une occasion de débattre avec elle sur leurs travaux respectifs.
*
* * *
*
* * *
*
Un matin, Jean de Pulligny se présenta dans le bureau d’André, accompagné d’une ravissante blonde.
Manifestement, à la manière dont il la couvait des yeux, le directeur devait la trouver particulièrement à son goût.
— Je vous présente Sjoukje Ymkjen, votre nouvelle assistante.
— Bonjour, Monsieur ! Bonjour Mademoiselle !
Il était doublement intimidé par la présence du patron de la filiale française et de la belle secrétaire.
Pourtant, il trouvait les appâts de celle-ci trop « crus ». Bien que présentant des trait de ressemblance avec Joanna,
celle-ci était très loin de posséder la classe et la distinction naturelle de la jeune femme qui l’avait recruté.
— On s’attendrait plus à la voir sur une affiche à vanter les vertus du Gouda, que d’évoluer dans un laboratoire de recherche, pensa-t-il.
Ils se dirigèrent tous les trois vers le bureau voisin qui avait été affecté à la nouvelle venue. Jean de Pulligny, après un baisemain à la belle secrétaire, les quitta.
Et André, ne sachant que faire, s’en retourna dans son bureau pour reprendre son travail interrompu par l’arrivée du directeur, laissant la jeune femme s’installer.
Peu de temps après, Henriette rejoignit André dans son bureau, comprimant une forte envie de rire.
— C'est ta nouvelle secrétaire ? Elle te plait ?
— Oui, répondit-il aux deux questions à la fois, mais en rougissant.
— Alors toi aussi, tu as touché ton petit noël ? demanda-t-elle en se retenant à grand peine.
— Que veux-tu dire ?
— Tu n’as pas remarqué Joren, le garçon qui est chargé de nourrir mes bestioles. Je l’ai surnommé Superman, à cause de ses tablettes de chocolat.
— Ils vont bien ensemble, remarqua André en éclatant de rire. Car il venait de comprendre le propos de sa collègue.
— On devrait leur organiser une rencontre, renchérit Henriette, en se laissant aller à son fou rire, qu’elle ne pouvait plus contrôler.
— Pas la peine. Il est déjà dans son bureau. Je viens de le voir passer. En tout cas, j’espère qu’elle est compétente, au moins.
— Là-dessus, tu peux faire confiance en Joanna. Même si elle le fait quelque fois avec beaucoup de facétie, ses recrutements sont toujours impeccables.
— Mais pourquoi nous mettent-ils dans les pattes, toujours des hollandais et des hollandaises ? On dirait que nos assistantes sont toutes clonées.
En ce qui concerne celle-ci, je n’ai pas compris comment elle s’appelle. Je ne distingue même pas son nom de son prénom.
Et je ne suis même pas sûr de trouver les touches qu’il faut pour les taper sur le clavier de mon ordinateur, plaisanta-t-il.
— Sans doute pour mieux nous contrôler, dit Henriette, soudain sérieuse.
Mais comme tu ne comprends pas le néerlandais, elle te sera utile pour la traduction, lorsque tu iras en mission au siège à Tilburg.
Viens avec moi, on va quand même les inviter à prendre un café pour faire connaissance, ajouta-t-elle.
*
* * *
*
* * *
*
— Pourrais-tu m’expliquer ton truc de trace dans la chaine ADN ? demanda un jour, Henriette.
— Connais-tu la théorie des fractales ? demanda à son tour, André.
— Oui ! Vas-y ! Ne t’inquiète pas ! Je suis en mesure de comprendre, répondit-elle, en voyant son hésitation à parler.
— Tu ne vas pas me piquer mes idées, au moins ?
— Ne t’inquiète pas ! Tu as ma parole que tu seras le cosignataire de toutes mes publications si j’arrive à des résultats intéressants.
Et il lui expliqua le modèle mathématique qu’il avait élaboré pour décrypter la chaine ADN d’un organisme,
la représentation numérique des codons qu’il avait définie et celle de chaque élément intron et exon qui composaient les gènes
et comment il appliquait cette théorie directement sur la cellule étudiée.
— Tu comprends ? Il suffit de superposer les deux trames avec une échelle légèrement différente.
C’est comme le phénomène des moirés obtenus avec les rideaux. Un déplacement infime d’une trame par rapport à l’autre,
génère un phénomène macroscopique facilement mesurable sur les franges générées.
— C’est même le principe de vernier du pied à coulisse, remarqua-t-elle pour bien montrer qu’elle avait parfaitement compris de quoi il retournait.
— Précisément. Mais il y a un inconvénient. Cette modification d’échelle m’oblige à intervenir directement sur les cellules.
Ce qui génère des introns particuliers qui laissent une trace sur la cellule étudiée. Cela ne perturbe pas l’espèce au sens génétique.
Mais j’ai pu constater qu’il se transmettait par mitose.
C’est là que j’ai eu l’idée d’utiliser ce phénomène pour créer comme une signature transparente, un copyright, en quelques sortes,
qui pourrait être utilisé pour marquer les semences mises sur le marché par une entreprise comme Geneticalis.
— Mais si les introns se transmettent, ils ne participent pas au transfert du patrimoine génétique.
— Pour ceux-ci, il est probable que si. Remarque que je n’ai toujours pas pu déterminer si c’étaient les introns eux-mêmes qui se transmettaient,
ou si c’était uniquement une copie de la trace qu’ils portent.
— Mais comment fais-tu pour repérer le traceur ?
— C’est comme en holographie.
— Que vient faire l’optique ondulatoire dans l’histoire ?
— C’est justement en assistant à la soutenance d’un pote qui faisait sa thèse sur la synthèse numérique des hologrammes que j’ai eu l’idée de cet algorithme.
Ce sont les mêmes modèles mathématiques que l’on utilise, en fait.
— Et alors ?
— Et bien un hologramme n’est en réalité que le résultat des interférences produites entre une onde lumineuse plane avec la somme des ondes sphériques émises
par chaque point d’un solide que l’on peut enregistrer sur l’émulsion d’une plaque photographique.
Lorsque qu’on éclaire la plaque avec l’onde plane qui a servi de référence pendant l’exposition, on obtient par réfraction l’image virtuelle de chaque point
qui a émis une onde sphérique. C’est pour cela qu’on a l’impression de voir le solide en relief.
Et inversement, lorsqu’on utilise l’intégration de toutes les ondes sphériques pour éclairer la plaque, on obtient l’image virtuelle de l’onde plane.
Et comme celle-ci est particulièrement brillante, on utilise ce phénomène pour la reconnaissance de formes.
— Mais en holographie, l’intégration est analogique. Et si tu devais la calculer, tu devrais le faire en trois dimensions.
Or, en génétique, on ne connait pas la dimension qui est probablement infinie. Il te faudra intégrer une quantité colossale d’informations.
Et aucun ordinateur n’est actuellement capable de le faire. Pas même le tien, ajouta-t-elle, en jetant un regard jaloux sur l’imposante machine qui trônait dans le bureau d’André.
— Tu oublies que le modèle à intégrer est fractal. Et j’ai pu démontrer que si la dimension est supérieure à trois et ne correspond pas à un nombre entier,
elle n’en est pas moins finie. Même si elle diffère selon les espèces. Et les séries utilisées pour l’intégration sont tellement convergentes,
qu’il n’est même pas nécessaire, le plus souvent, de les développer au-delà de l’ordre trois.
— Mais comment peux-tu être sûr de l’ordre auquel tu peux t’arrêter, pour chaque série, afin de ne pas perdre de termes significatifs ?
Car vu le nombre de séries à calculer, la moindre erreur serait considérablement amplifiée, et son ordre de grandeur pourrait dépasser la quantité mesurée.
— En calculant leur convergence respective, justement. Le temps nécessaire pour la calculer, même s’il est important,
est nettement inférieur à ce qu’il faudrait pour un développement à un ordre pré déterministe, évalué a priori suffisamment grand pour être sûr de ne pas louper de termes significatifs.
Encore qu’on n’en serait même pas certain à cent pour cent. Car certaines séries sont néanmoins à développer à un ordre considérable.
Un silence studieux s’installa entre les deux jeunes chercheurs. Henriette méditait la théorie que venait de lui développer son collègue,
qui à présent se gardait de perturber sa réflexion, la laissant assimiler le lot d’informations qu’il venait de lui livrer.
Au bout d’un moment, elle s’exclama :
— Là, je dois dire que tu m’épates.
— Mais pourquoi voulais-tu savoir tout ça ?
— Il faut d’abord que je t’explique à mon tour sur quoi je bosse.
Et Henriette, lui expliqua le détail de ses recherches qui consistaient à vérifier que les modifications génétiques apportées aux semences n’avaient pas d’impact sur l’environnement.
Après une longue explication, André s’étonna :
— Tu es en train de me dire que les semences commercialisées par Geneticalis sont stériles à la deuxième génération ?
— Oui ! C’est même la caractéristique des produits que Geneticalis met sur le marché.
C’est ce qui permet de s’assurer que les cultivateurs ne seront pas tentés d’utiliser les épis produits pour les ressemer en se passant des services de la firme.
Tu comprends bien que c’est indispensable pour rémunérer les années de recherche qui ont été nécessaires pour leur élaboration.
— Je me demande si c’est bien écolo, tout ça.
— Et tu ne sais pas tout. Nous avons pu embarquer dans le patrimoine génétique des semences, un gène,
ou plutôt une combinaison de gènes insecticide dans le but d’anéantir les insectes prédateurs de la plante.
Mon travail, actuellement est de m’assurer d’une part que le gène n’est létal que pour l’espèce ciblée et que la consommation des céréales produites, ne cause aucune pathologie.
Il ne s’agit pas de stériliser ou d’empoisonner toute la planète. C’est pour ça que j’ai besoin de ton traceur.
— C’est qu’il y a encore un problème.
— Tu ne vas pas me dire que ton truc n’est pas au point. C’est quoi le problème ?
— C’est que les souris que j’ai nourries avec les céréales tracées, étaient elles-mêmes porteuses du traceur. Celui-ci se transmet dans la chaine alimentaire.
— Tu as testé sur deux générations successives ?
— J’ai même testé sur quatre générations.
— Ah ! s’écria-t-elle. Je comprends maintenant ! Alors Exode 34:7 c’était toi ?
— Que veux-tu dire ?
— Une anecdote a circulé chez Geneticalis, qu’un étudiant avait eu le culot d’oser citer la bible à Henk van Belinden. Alors, comme ça, c’était toi ?
— Bah ! Ça m’a échappé dans la conversation.
— Tu cherches à me faire croire que le président de Geneticalis t’a laissé le temps, « dans la conversation », de lui citer un verset de la bible ?
Tu te fous de moi, là !
— Ce n’était que la référence, avoua-t-il. Et ce n’est pas tout.
— A en juger ton air, tu as encore une catastrophe à m’annoncer ?
— J’ai aussi trouvé le traceur dans la mue d’Arthur.
— Arthur ?
— Oui ! Mon python. Pour ne pas laisser le traceur se disséminer dans la nature, je lui ai donné à bouffer toutes les souris contaminées.
— C’est pour ça que tu conserves cette horreur ici ?
Pendant la fin de la conversation, André et Henriette s’était dirigé vers le vivarium qui contribuait à la décoration du bureau.
A l’intérieur se lovait un imposant python royal. Voyant sa collègue apeurée, André ne put s’empêcher de la taquiner.
— Voici Arthur ! En fait c’est une femelle. J’ai eu la surprise, un jour, de constater qu’elle avait pondu. Tu veux que je te garde un œuf ?
— Beurk ! fit Henriette écœurée.
— Ce n’est pas pour le manger, mais pour l’élever, insista le jeune homme, hilare.
— Beurk, quand même, répéta la jeune fille.
— Tu comprends, si j’avais laissé sortir quoi que ce soit du labo, j’aurai pu retrouver le traceur chez toutes les espèces intervenant
dans la biosphère de l’animal porteur à l’origine. Ce qui aurait brouillé le repérage de la trace.
— Mais pour reprendre l’analogie avec l’optique ondulatoire, tu aurais pu changer la « couleur » du traceur, pour le repérer à nouveau facilement.
Et le nombre de possibilité est infini.
— Oui, mais au bout du compte, le mélange de toutes les couleurs utilisées aurait fini par constituer une vague couleur neutre, grise,
présente chez toutes les espèces et donc inexploitable. C’est pour ça que j’ai utilisé Arthur.
— Mais que faisais tu des mues et des déjections ? Les micro-organismes qui participent à leur décomposition auraient été eux-mêmes porteurs.
— Je les ai confinés dans un conteneur spécial jusqu’à ce je puisse prouver avec certitude que le traceur disparaissait par incinération.
— Tu devrais l’euthanasier et le passer à l’incinérateur, proposa Henriette en désignant le python qui commençait à bouger dans le vivarium.
— Ce serait bien mal la récompenser pour les services qu’elle m’a rendus. Je l’utilise maintenant pour étudier le moyen de neutraliser le traceur sans détruire les cellules porteuses.
Henriette resta silencieuse quelques instants.
— Tout compte fait, je pense que ce que tu considères comme un inconvénient va m’être très utile.
Je vais utiliser ton traceur pour prouver l’une des hypothèses sur laquelle je travaille en ce moment.
— Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de te laisser faire.
— Ne t’en fais pas. Tu m’as bien briefée sur les dangers éventuels et les précautions à prendre.
Et je crois, que moi aussi, je vais avoir besoin des services de ta jolie pythone.
*
* * *
*
* * *
*
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire