Chapitre 7 - Prédation universelle

Chapitre 7 - Prédation universelle
Puis Saül et tout le peuple qui était avec lui se rassemblèrent, et ils s'avancèrent jusqu'au lieu du combat; et voici, les Philistins tournèrent l'épée les uns contre les autres, et la confusion était extrême.
La bible : I Samuel 14 :20
— Le général Akhab vient d'armer une flotte de trente vaisseaux spatiaux.
— Je me demande bien dans quel but.
— Dans le but de coloniser le système solaire, je suppose.
— C'est incroyable ! La population de la terre, crève de faim. Et, néanmoins, ce fou dangereux, corrompu et avide de pouvoir, arrive à trouver des ressources pour construire trente machines de guerre. Sans compter les énergies fossiles qu'ils vont gaspiller pour satelliser leurs vaisseaux.
— Le plus difficile à admettre, c'est qu'il faut des gens pour réaliser tout ça. Comment a-t-il fait pour mobiliser les équipages et les compétences nécessaires pour inventer et construire tout ce matériel.
— Grâce à l'argent, cette valeur virtuelle qui permet d'acquérir tout le reste. Eux doivent avoir à manger. Un ancien collègue, devant qui je m’indignais quant à sa passivité face aux dangers que son travail faisait courir à l'humanité, me disait : « Un riche trouve toujours à manger ». C'est un peuple d'esclaves et de mercenaires.
— Si ça avait été des missions scientifiques ou d'exploration j'aurai pu admettre. Mais qui comptent-ils conquérir dans l'espace ? Leurs vaisseaux ne peuvent franchir la ceinture d'astéroïde. Et quand bien même, ils y parviendraient, ils ne trouveront rien. A part nous, ils n’y a personne.
Au moment même, où il prononça ces mots, il prit conscience qu'il venait de trouver la réponse à sa question.
— A part nous ! s'exclama François.
— Mais comment ont-ils fait pour connaître notre existence ?
— Devant l'urgence de la situation, nous n'avons pas pris beaucoup de précautions lors de nos dernières missions humanitaires. De toute façon, il était évident que tôt ou tard, ils nous auraient repérés.
— Je pensais que la texture utilisée pour couvrir le satellite, tout en nous permettant de capturer l'énergie solaire, nous rendait invisible par la même occasion.
— En fait pas réellement invisible, expliqua Chantal, l'astronome. Cela nous rend noir, parce que nous ne réfléchissons aucune onde électromagnétique, c'est tout.
« Sur un ciel sombre, nous sommes effectivement invisibles. Mais imagine que nous passions devant le disque lunaire. Cela va faire une tâche noire sur le fond lumineux, sans compter l'ombre portée sur le sol sélénique. Depuis le temps, quelqu'un a forcément déjà observé ce phénomène, même s'il n'a pas forcément su en tirer les bonnes conclusions. »
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— Les trente vaisseaux terriens sont en approche. Que faut-il faire ?
— Je suppose qu'ils ont quelque chose à nous demander. Sinon, ils se seraient contentés de nous envoyer quelques missiles pour nous détruire.
Effectivement, les vaisseaux terrestres commencèrent à envahir le spectre des fréquences radios pour notifier leur intention d'entrer en communication avec les habitants de la Roue de l'Espoir.
— Ici, l'amiral Akhab ! Nous souhaitons entrer en communication avec les occupants des satellites situés sur l'orbite terrestre ortho écliptique 150M.
— Ah ! Il est amiral, maintenant ? S’étonna André.
— Il va falloir que nous organisions une réception à la hauteur de la folie de ce mégalomane prétentieux, suggéra Marie-Magdelène.
— On va se dévoiler dans son système de valeur, décida François. Modifiez la texture du satellite pour qu’il apparaisse blanc. Que tous les équipements soient parfaitement visibles, ordonna-t-il.
— Mais il va voir que notre satellite n’est pas armé. N’est-ce pas dangereux d’afficher ainsi notre faiblesse.
— Au moins, il pourra constater qu’aucune arme n’est dirigée contre la terre. Et si vous n’avez jamais vu la beauté de notre Roue de l’Espoir, c’est le moment d’aller faire un tour dans l’espace sur l’une de nos navettes.
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Une immense salle de réception qui avait été aménagée luxueusement pour la rencontre avec l’ambassade terrienne. François et Marie-Magdelène se tenaient assis sur un trône doré, dressé sur une estrade de sept marches, couverte par un dais de couleur cramoisie bordé de franges d'or. Chantal, Hervé, Pascale, Michel, Henriette et André se tenaient debout à leurs côtés. La simplicité affichée de leur tenue était compensée par la beauté des étoffes employées.
La foule des habitants du satellite, eux aussi en grande tenue, se tenaient de part et d'autre d'un large tapis rouge déroulé depuis l'ascenseur menant au hall d'embarquement situé dans l’axe de rotation principal du satellite.
Un groupe sortit de la cabine. L’un des personnages, avança d’une démarche martiale, à la limite de l’hostilité. Malgré tout, François accueillit les terriens de son air le plus bienveillant.
— Général, soyez le bienvenu. Avez-vous fait bon voyage ?
— Amiral ! protesta le militaire.
— Acceptez mes excuses. Permettez-moi de vous féliciter pour cette promotion.
— Trêve de politesse! Vous savez pourquoi nous sommes là ?
— Pas Vraiment ! Mais vous allez nous l'apprendre.
— Je suppose qu'avec tout l’équipement dont vous disposez, vous êtes au courant de la situation sur Terre.
Le militaire avait accompagné son propos d'un grand geste englobant le site dans lequel ils se trouvaient. Contrairement à la plupart des présents, qui étaient arrivés la première fois sur le satellite par l'intermédiaire des portails, lui et ses acolytes étaient arrivés sur des vaisseaux après plusieurs heures de voyage dans l'espace. En approchant de leur destination, ils avaient été impressionnés par les dimensions imposantes de la double roue et par le matériel de télécommunication dont elle était équipée. Un moment, l'avancée technologique nécessaire pour construire un tel édifice leur avait fait craindre la présence d’armes puissantes pour en assurer la défense. Mais aucune n’était visible.
Il était évident que le chef des terriens cherchait à évaluer les capacités défensives de la station spatiale. Mais François décida de continuer la discussion sur le terrain de celui que son attitude lui permettait de considérer comme son adversaire.
— Oui! Effectivement nous avons pu suivre votre gestion calamiteuse des ressources de la Terre qui vous conduit inévitablement à la famine.
— Nous n'avons jamais été aussi proches de la catastrophe, admit le militaire. Si nous ne trouvons pas de la nourriture, des millions de personnes vont périr.
— Et en quoi pouvons nous intervenir ?
— Nous venons chercher chez vous des céréales. Nous nous sommes laissé dire que vous avez constitué des réserves.
— Nous sommes prêts à vous aider.
— Je n'avais pas le moindre doute, affirma le général.
Avec suffisance, le militaire pensait que son arrivée dans son vaisseau amiral au milieu d'une flotte de plusieurs bâtiments constituait une démonstration de force suffisante pour intimider ses interlocuteurs et obtenir d'eux ce qu'il souhaitait.
— Quelles sont les céréales dont vous avez besoin ?
— Essentiellement, du blé et du maïs. Mais tous types de céréales seront les bienvenus.
Le militaire, un instant interloqué, voulant cacher son in-compétence en culture céréalière, avait mentionné au hasard deux espèces parmi les plus connues.
— Nous allons vous les préparer.
François fit un signe à André et Henriette qui se retirèrent pour répondre à la demande du général.
Voyant que François et Marie-Magdelène, qui s’étaient levés à l’approche de l’ambassadeur terrien, venaient de s’asseoir à nouveau, celui-ci parcourut la salle du regard à la recherche du siège qui lui était destiné. N’en trouvant pas, un froncement des sourcils manifesta l’agacement du plénipotentiaire.
— Comment comptez-vous procéder ? demanda le militaire. Nos vaisseaux ne sont pas vraiment conçus pour le transport de marchandises. Mais je suppose, au vu de votre niveau de développement technologique, vous devez disposer de cargos capables de relever ce défis.
— Si votre intention était de transporter des marchandises, pourquoi donc avoir utilisé des vaisseaux de guerre pour venir jusqu'ici ? D'autant qu'en employant la force, vous courez le risque de détruire le satellite et d'anéantir ainsi définitivement l'objectif de votre mission.
La question avait été posée par François sur un ton calme et paisible, mais avec une nuance d’ironie qui laissait planer un doute sur les capacités intellectuelles de son interlocuteur.
Le militaire perçut parfaitement la nuance. Et un éclair de colère et de cruauté envahit son regard. Mais il réussit à se dominer.
— Je suppose que si j'étais arrivé accompagné de cargos, vous n'auriez pas montré le même zèle à répondre à ma demande.
— Vous vous trompez. Notre réponse aurait été identique.
A ce moment Henriette et André revinrent. Ils tenaient une petite caisse dans laquelle se trouvaient une quinzaine de bocaux, tous pleins de graines.
— Dans tous les cas, point n'est besoin de cargo pour transporter ceci.
— Que signifie cette plaisanterie ? protesta le général.
— Une plaisanterie ! S’offusqua André. Votre remarque frise l’insulte.
François fit signe au jeune biologiste de se taire.
— Il ne s’agit en aucun cas d’une plaisanterie. Face à la situation dramatique dans laquelle votre politique a conduit les habitants de la terre, nous vous faisons cadeau de semences nécessaires pour la nourrir.
— Et vous pensez que je vais revenir sur Terre nourrir dix milliards de personnes avec le contenu de ces quinze bouteilles.
— C’est effectivement le fond de mon propos. Un prophète a nourri une foule avec cinq pains et deux poissons1. Mais de façon plus rationnelle, dans ces bocaux se trouvent des semences, qui même plantées dans vos terres dévastées et polluées, peuvent nourrir la totalité de la population de la Terre. Encore faut-il les cultiver et en prendre soin.
— Vous vous trompez d’interlocuteur. Je ne suis pas un paysan, dit-il d’un air méprisant. Je suis un soldat.
— Ainsi, vous refusez notre « cadeau », dit François en insistant sur le mot. Je suis au regret de vous dire que, dans votre situation actuelle, vous avez plus besoin de paysans que de soldats. Pouvez-vous nous dire comment envisagiez-vous les choses, alors ?
— Livrez-nous la nourriture dont vous disposez.
— C’est hors de question, explosa André. Le faire serait faire périr les habitants de ce satellite. De toute façon, Nous ne disposons pas ici de quoi nourrir, même pendant une journée, dix milliard de personnes.
« Votre démarche est absurde. En supposant que vos actes de pillage vous donne la nourriture que vous souhaitez, quand vous aurez épuisé ce satellite, où donc la prendrez-vous après pour survivre ? Sur les six autres qui tournent sur la même orbite ? »
« Vous nous parlez de dix milliards d’individus. Mais vous saviez en arrivant qu’il n’y avait pas ici de quoi les nourrir. A peine de quoi assurer la survie de votre petite élite de soldats. Mais sans doute était-ce votre seul objectif ? »
« Vous vivez sur le plus merveilleux objet parmi ceux qui planent dans cette immensité : la planète Terre. Il n’en existe aucune autre comme celle-là à des années lumières à la ronde. Elle possède tout ce qui est nécessaire à la vie et même, au-delà. Mais vous en avez fait un enfer ».
« Vous et les vôtres, au lieu de vous préoccuper de créer la prospérité de vos peuples, vous les exploitez comme des esclaves. Vous avez persécuté vos intellectuels qui vous mettaient en garde. Vous avez massacré vos scientifiques, les poussant à l’exil. »
« Vous êtes des prédateurs. Vous épuisez le lieu où vous vous trouvez et vous vous déplacez où se trouvent les ressources, sans vous préoccuper de leur renouvellement. Vous vous appropriez ce qui ne vous appartient pas, sans vous préoccuper de la détresse dans laquelle vous laissez les personnes que vous avez spolié. Au début, comme des hypocrite, vous invoquez des sentiments nobles comme la « solidarité », la « générosité », exigeant le partage, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à partager. Vous vous conduisez comme des virus qui colonisent cellule par cellule tout un organisme jusqu’à son anéantissement. »
Le général eut une moue méprisante vis-à-vis d’André, qu’il identifiait comme un jeune sans expérience, s’étant permis de prendre la parole à la place de l’autorité représentée par François et Marie-Magdelène. Il se tourna vers ces derniers.
— Est-ce bien là ce que vous pensez ?
— Je n’envisageais pas d’employer les mots très francs de mon ami, mais oui, c’est précisément ce que nous pensons.
— Je vois que les hostilités sont ouvertes. Vous nous traitez d’hypocrite. Vous nous critiquez sur notre gestion prétendue calamiteuse des ressources de notre planète. C’est facile pour vous de parler ainsi, alors que vous vivez dans l’abondance et à l’abri du besoin.
— Comme vous l’a fait remarquer mon jeune ami, c’est vous qui vivez dans un environnement abondant en ressources. Nous, nous vivons dans un environnement hostile à 150000 kilomètres de la Terre. Mais sur la base de nos valeurs morales et grâce à notre intelligence et à notre travail, nous avons pu établir un équilibre parfait nous permettant de survivre.
— Et vous pensez que nous allons vous laisser survivre, alors que nous sommes tous en train de périr ?
— En nous détruisant, vous abandonnez définitivement l’espérance de la survie de l’humanité. Nous avons préservé la vie de la plupart des espèces dans nos satellites. Si vous nous anéantissez, il n’y aura plus jamais de vie sur la Terre.
— Je vous signale nous sommes armés. Je ne vois ici aucun de vous capable de nous résister.
A ces mots, les soldats qui accompagnaient le général sortirent des pistolets mitrailleurs munis de viseurs laser.
— Voici encore une illustration concrète de ce que tentait de vous expliquer mon ami, reprit François.
« Vous nous accusez d’avoir entamé les hostilités en refusant franchement votre exigence insupportable. Mais vous même êtes entré ici armé, qui plus est, en camouflant vos armes. Dans n’importe quelle nation de la Terre, cela aurait été considéré comme un acte de terrorisme et aurait été punis de la peine capitale. Vos fusils, comme vos vaisseaux de guerre, ont dû coûter une fortune en ressources. Vous vous plaignez de ne pas avoir à manger, mais vous vous êtes dotés d’armes meurtrières. »
« Quand bien même vous oseriez utiliser vos fusils ici, pensez-vous que nous allons vous laisser faire ? Vous finirez fatalement par succomber sous le nombre. Certes, quelques uns parmi nous seront blessés ou même tués. Mais toute tentative de votre part est vouée à l’échec. »
— C’est ce que nous allons voir. Tuez leur chef, ordonna le général à l’adresse de ses troupes.
Les soldats mirent en joue François et Marie Magdelène. La plupart avaient été ébranlés par les échanges entre les protagonistes et convaincu de la vanité d’utiliser leurs armes. Malgré tout, deux d’entre eux, parmi les plus corrompus, osèrent tirer.
Contre toute attente, leur salve fut sans effet.
— Vous armes sont inutiles ici, fit remarquer Marie-Magdelène.
« Nous sommes tous dotés d’un équipement nous permettant de résister à toutes les particules qui évoluent à grande vitesse dans l’espace, bien autrement dangereuses que les balles de vos fusils. »
« Comme nous vous l’avons fait remarquer, nous vivons ici dans un environnement hostile et il nous a fallu nous adapter. »
— Déposez vos armes, ordonna-t-elle aux soldats. Elles ne sont d’aucune utilité ici, répéta-t-elle. Ceux d’entre vous qui désirent nous rejoindre peuvent le faire. Les autres qu’ils s’en aillent et retournent dans leur vaisseau.
— Celui qui obéit à cette femme, je le descends, répondit le général avec une expression de mépris.
L’invective du militaire faisait preuve d’une triste imbécilité. Par sa consigne misogyne, il condamnait ses propres soldats à l’inaction. Car Marie-Magdelène avait exprimé la seule alternative qui leur restait.
— Général ! L’interpella François. Cette offre est valable aussi pour vous. Que comptez-vous faire maintenant ? Acceptez-vous notre cadeau ? demanda-t-il en montrant la caisse apportée par Henriette et André. Ou bien allez-vous descendre, comme vous dites, vos soldats un par un s’ils osent nous rejoindre.
— Que voulez-vous que j’en fasse ?
— Ces semences ont été élaborées par nos scientifiques pour vous permettre de produire de la nourriture pour la population terrestre. Il vous suffit de les planter, et de les cultiver.
« Vous disposez des surfaces arables nécessaires. Même si celles-ci semblent stériles, ces semences sont suffisamment prolifiques pour la totalité de la population terrestre. Encore vous faut-il les cultiver avec sagesse, en prélevant dix pour cent des récoltes pour assurer la semence pour la moisson suivante. »
« Pour éviter l’épuisement des terres, il vous suffit de les laisser reposer en jachère tous les sept ans. La surface de terres émergées est suffisante pour établir cette gestion. »
— Vous me prenez pour un paysan ! S’exclama le militaire avec colère et donnant un coup de pied méprisant dans la caisse, reversant sur le sol tout son contenu.
Ce geste de violence fit monter des larmes aux yeux de la sensible Henriette. Ces semences, répandues sur le sol, étaient le fruit d’un long travail de sa part et de son ami André. Ils avaient apporté la petite caisse qui les contenait, comme un cadeau, un geste d’amour envers la population de la Terre, alors en détresse. Et ses représentants la dédaignaient comme un objet sans valeur.
— En méprisant ce cadeau, vous vous condamnez, avec vos peuples, à la famine. C’est votre entière responsabilité ! S’exclama André, offusqué par la peine causée à son amie.
— Je sais maintenant ce qu’il me reste à faire, cria le général, tournant le dos à ses hôtes et repartant vers les ascenseurs sans même les saluer.
Ses propres soldats, arrivés dans une posture martiale, en marchant au pas, le suivaient maintenant désemparés dans un certain désordre. Quelques uns hésitèrent à accepter l’offre de Marie-Magdelène, mais le général ayant fait mine de dégainer son arme d’ordonnance, ils le suivirent tous dans le monte-charge.
— Accompagnez les et assurez-vous qu’ils réembarquent tous, ordonna François.
— Que va-t-il se passer maintenant ?
— Ne craignez rien. Je pense qu’ils ont compris que leur intérêt n’est pas de nous détruire.
— Mais ils ont refusé les semences dont ils ont pourtant besoin.
— Quand bien même, ils chercheraient à nous attaquer, nous allons leur ménager une surprise.
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Le général, hargneux, sortit du monte-charge dans la salle d’embarquement. Dans sa colère, trompé par la pesanteur quasi nulle de l’axe de la Roue de l’Espoir, ses mouvements brusques l’entrainèrent, après un vol plané, dans une chute grotesque. Ce qui augmenta encore sa fureur.
Ayant rejoint le vaisseau amiral, ses officiers se rendirent à ses ordres.
— Amiral ! Quels sont vos ordres ?
— Eloignons nous du satellite. Quand nous seront à la distance adéquate, nous allons leur envoyer quelques salves qui vont les faire réfléchir.
— Ils ont raison au moins sur un point. Si nous les détruisons, il ne nous reste aucun espoir.
— Après quelques missiles bien placés, ils vont céder.
— Amiral ! Plusieurs vaisseaux se sont postés entre nous et le satellite, azimut 205, signala l’une des vigies.
— Combien sont-ils ?
— Une trentaine.
— Ah ! Comme ça, ces prétendus pacifistes disposent aussi d’une flotte de guerre. Ça leur allait bien de nous donner des leçons. Nous sommes de force égale, et probablement mieux entraînés qu’eux. Nous allons entamer le combat.
— Attendez, Amiral ! D’autres vaisseaux sont en position de combat. Azimut 98.
— Evaluation des forces ennemies !
— Deux fois trente vaisseaux prêts à faire feu sur nous en tir croisé.
— Ils sont deux fois supérieurs en nombre, remarqua l’un des officier. Il faut abandonner, Amiral.
A ce propos, le général Akhab sortit son arme et exécuta l’officier.
— D’autres volontaires ? Sortez-moi ce traitre d’ici et balancez-le dans l’espace. Nous sommes des soldats et nous allons combattre. Mettez-moi en communication avec tous les vaisseaux. Un discours s’impose.
Une fois la communication établie, le général Akhab, les harangua, reprenant la rhétorique de Bonaparte à l’armée d’Italie :
« Vous êtes des soldats. Malgré vos exploits héroïques, vous manquez de tout et vous êtes affamés. Ce qui vous manque se trouve dans ce satellite. Il vous faut donc le conquérir, jusqu’au prix de vos vie. C’est une question de survie pour l’humanité, bien sûr, mais pour vous d’abord. Vous manquez de tout ? L’ennemi en a. Sus à l’ennemi. »
Puis, se tournant vers son état-major, il ordonna :
— Accrochez leur vaisseau maître et envoyer leur une première salve de missiles.
— Amiral ! Leurs radars de tir sont verrouillés sur nous.
— Feu ! Ordonna le général.
— Eux aussi ont tiré. Nous allons être touchés.
— Feu à volonté ! Hurla le général.
— Nous allons être anéant...
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* * *
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Dans le poste d’observation de la station orbitale, François et ses amis se tenaient devant l’immense écran holographique qui permettait de visionner l’espace environnant. Malgré la rotation constante du satellite, l’image en 3D était recalculée par de puissants ordinateurs pour la faire paraître fixe.
Les trente vaisseaux de général Akhab étaient visibles, en position d’attaque.
— Quelle bonne idée d’avoir ouvert un immense portail spatial. Ils se voient comme dans un miroir.
— Pas comme dans un miroir. Ils se voient sur leur arrière, expliqua Hervé.
— S’ils se retournent, ils vont avoir l’impression que la flotte adverse leur tourne le dos. Ils vont tout de suite comprendre le stratagème.
— Je doute que le général Akhab et son état-major soient capables de comprendre ces subtilités de la géométrie. Mais vous avez raison. Dans le doute, nous allons augmenter encore leur désarroi.
— Et comment ?
— Nous allons ouvrir un deuxième portail spatial sur leur droite.
— Mais cela consomme une quantité colossale d’énergie. On ne pourra pas tenir comme ça éternellement.
— Bien que je doute de la sagesse et du discernement de ce fou mégalomane, je pense que le général abandonnera devant le nombre et rentrera tranquillement sur la Terre pour avouer sa défaite.
— Mais ils sont complètement débiles, ils viennent de se tirer dessus leur propres missiles.
De fait les vaisseaux, entamant les hostilités se mirent à lancer leurs missiles les uns sur les autres à travers les portails.
— Fermez les portails. Ces abrutis sont en train de s’auto détruire, ordonna François.
— Trop tard ! Quel gâchis ! s’exclama Marie-Magdelène en larme.
— Déployez des filets gravitationnels pour attirer les débris. Nous ne pouvons pas les laisser dériver comme cela dans l’espace sur cette orbite. Ils risqueraient de causer des dégâts à nos satellites.
— Ne te désole pas ainsi, dit Pascale à l’adresse de Marie-Magdelène. De toute façon, depuis le début, leur posture était suicidaire.
— Sans compter que ces missiles nous étaient destinés, ajouta Michel.
— Cela a au moins le résultat d’avoir libéré la Terre de ce fou dangereux.
— Il faut leur venir en aide. André et moi, nous allons retourner sur Terre pour prendre contact avec quelques responsables locaux de bonne volonté et leur offrir notre solution, proposa Henriette.
— Oui ! Et à en juger par la détermination du général Akhab, cela doit être particulièrement urgent.
1 La Bible : Evangile de Saint-Matthieu, Chapitre 14, versets 13 à 31. Récit de la multiplication des pains par Jésus, pour nourrir la foule qui était venue l’écouter.

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